Par le P. Baudoin Tournemine
Ce célèbre monologue d’Hamlet de Shakespeare a inspiré tant de réflexions, d’enseignements, de chansons même. « L’être étonnant que je suis » fait écho dans le psaume 138. Mieux : « Je pense donc
je suis » s’écrie Descartes, faisant de la pensée consciente la preuve absolue de l’être.
Pour un chrétien priant, cette question me semble fondamentale car la prière, base de toute action évangélisatrice, est d’abord rencontre : Toi et moi, sans écran ni préoccupations futiles.
Dans notre société, tant de carcans situent la personnalité : son lieu d’habitation, sa vêture, sa gesture, sa morphologie, ses diplômes, son métier, sa famille, etc… Or la rencontre vraie, si rare soit-elle, se fait dans le « one to one » et d’abord par le regard.
Que ne voient pas nos yeux aujourd’hui, que n’entendent pas nos oreilles ? Nous voilà dans la Babel moderne. Se laissant élever par moult pensées au lieu de laisser l’Esprit Saint nous arracher à nos occupations si factuelles…
Dans Magnifica Humanitas, le pape condamne le modèle d’une humanité sous stéroïdes cognitifs et met en garde contre un opium de masse… ainsi l’IA, qui attire tant de gens, les empêchant de penser par eux-mêmes, en façonnant une vision du monde et de l’homme, érigeant la compétitivité et le pouvoir technique en étalons de mesure universels.
Refusons « d’absolutiser une seule dimension de l’être humain » insiste le pape, préférons la régulation, le discernement individuel, l’éducation à l’IA et aux idées toutes faites.
Heureux le pauvre qui s’enrichit par la prière, la lecture, le silence et courage à ceux qui choisissent le jeûne de l’IA, le refus de l’emprise numérique, fondée sur le pillage massif d’œuvres et de données.
« Deviens ce que tu es, et par tes talents construis un monde meilleur, en commençant par la rencontre.
Si notre ère devient inexorablement numérique, qu’elle ne prédomine jamais sur la vie intérieure !






