Par le P. Jean-Louis Rouvière
Le 11 novembre est à la fois le jour de l’armistice de la guerre de 1914-1918 et le fête de Saint Martin.
Ce n’est pas un hasard : Saint Martin avait été choisi par les Allemands pour accueillir l’espérance d’une réconciliation avec les Français, devant l’horreur des millions de morts dans toute l’Europe. Saint Martin, né en Pannonie (actuelle Hongrie) avait rejoint la France actuelle à Amiens, tout en sillonnant après sa conversion l’Empire romain (Milan, Rome, Trèves, Paris, Tours etc.). Hélas, nous savons bien que la paix est fragile : 20 ans après l’armistice de la « der des der », la guerre entre la France et l’Allemagne était de nouveau déclarée.
Et maintenant ? La paix est toujours à entretenir et la guerre toujours menaçante. Dans son encyclique Magnifica Humanitas, le saint Père déplore la « banalisation de la guerre », que souvent la guerre est présentée comme inévitable. Il dénonce également les discours présentant la violence comme nécessaire ou inévitable (n° 192), la dangereuse course à l’armement et qualifie lucidement d’erronée, la vision comme une « condition indispensable à la sécurité », de la dissuasion nucléaire (n° 194).
Face à ce glissement vers une culture violente de la puissance, le Pape nous invite à ne pas nous laisser enfermer dans cette logique en désarmant notre technologie, nos mots, en construisant la paix dans la justice, en adoptant le regard des victimes, en cultivant un sain réalisme, à relancer le dialogue et à soutenir la diplomatie et le multilatéralisme. (partie 5.2, « construire la civilisation de l’amour »).
Enfin, le Pape nous invite à prier et à espérer. Prions donc Dieu le Père, par le Christ, de nous envoyer l’Esprit saint, demandons l’intercession de Notre Dame de la Paix, de Saint Michel, Saint Martin,
Saint François d’Assise, Saint Charles de Foucault, pour que nous puissions continuer d’espérer et de cultiver la paix.
Voici quelques extraits de l’encyclique « Magnifique Humanité » du Pape Léon XIV.
(189) « Nous devons reconnaître que, malgré les aspirations et les proclamations de paix, les soixante dernières années ont été marquées par des conflits d’une férocité impressionnante […]. Cependant, dans le discours public, il était communément admis que la guerre devait rester une extrema ratio, encadrée par des limites éthiques et juridiques rigoureuses, et en tout état de cause par une perspective politique orientée vers la paix. […] (190) Aujourd’hui, en revanche, nous assistons à un véritable changement de paradigme dans le discours public et dans les choix en matière de réarmement, avec une réhabilitation inquiétante de la guerre en tant qu’instrument de politique internationale, tandis que les critères éthiques mêmes qui en avaient limité l’usage sont progressivement érodés. […] (191) Nous assistons également à une perte inquiétante de la mémoire historique. […] Sans une mémoire vive des horreurs de la guerre, les décisions politiques risquent d’être prises sur la base de calculs de force, sans vision des conséquences à long terme. […] (195) On retrouve la même logique dans les conflits conventionnels : la puissance militaire, la faiblesse des initiatives diplomatiques et la complexité des intérêts en jeu favorisent des conflits qui ont tendance à s’enliser, avec un coût humain et environnemental extrêmement élevé. […] »
(110) « Je voudrais enfin employer un mot qui me tient à cœur : “désarmer”. […] Désarmer, c’est rompre cette équivalence entre la puissance technique et le droit de gouverner. Désarmer ne signifie pas renoncer à la technologie, mais l’empêcher de dominer l’humain. (214) « Désarmons les mots et nous contribuerons à désarmer la Terre ». [Discours aux professionnels de la communication – 12 mai 2025] Le pouvoir des mots est immense et nous en faisons l’expérience dans notre communication quotidienne, lorsque quelqu’un nous dit quelque chose qui modifie notre état d’esprit, en bien ou en mal. […] (215) Tous, à quelque niveau que ce soit, nous pouvons contribuer au fondement de la paix, qui est la justice. Nous ne recherchons pas en effet n’importe quelle paix, une absence de conflit à tout prix, mais cette paix véritable qui naît de la justice. […] « adopter le regard des victimes » (217) Donner une place, dans l’information et dans l’éducation, au regard et à la voix des victimes aide à prendre véritablement conscience de l’abîme du mal que recèle la guerre et, plus généralement, toute forme de violence. […] (218) Nous avons besoin d’un sain réalisme qui évite autant l’idéalisme politique que le cynisme. Il y a en effet un idéalisme qui, pour préserver sa propre vision du monde, sélectionne les faits, les déforme, les renomme, et finit par vivre dans une réalité faite sur mesure pour ses propres convictions. Il existe d’autre part un réalisme dégradé qui confond constatation et résignation : puisque la force domine, il en conclut qu’elle doit dominer. […] (219) Pour bâtir la civilisation de l’amour, nous devons pratiquer le dialogue. Il est le principal instrument de la cohabitation entre les personnes et entre les peuples, et une alternative au conflit ouvert. »







