Par le P. Antoine Vairon
Dans les premières clartés de l’aurore, au matin de Pâques, quelques femmes et les apôtres ont découvert que le monde s’éveillait à une autre lumière : une divine lumière, au-delà de ce que l’esprit humain peut concevoir, mais à laquelle les cœurs avides de vie authentique et d’amour véritable aspirent intimement.
Et depuis, la nouvelle se répand de cœur en cœur, de lieu en lieu, de siècle en siècle. Serait-il possible que ce qui abîme trop souvent nos vies ne finisse pas par l’emporter sur nous ? Serait-il possible que les incohérences et les contradictions de ce monde ne soient pas insolubles ? Serait-il possible que je ne sois pas inexorablement englué dans le mal dont je me retrouve auteur ou complice ? Serait-il possible que je puisse être gracié, réconcilié, sauvé ? Serait-il possible que les humbles actes d’entraide, de bonté, de solidarité soient plus durables que les actes de violence, de fourberie, de mensonge, de destruction… qu’ils soient mêmes éternels ? Serait-il possible que ma vie ne soit pas en train de marcher à l’inexorable mort, fin de toute chose et dépérissement dans le néant, mais au contraire que cette inévitable perspective soit devenue, comme Saint François d’Assise aimait et osait l’appeler : « notre sœur la mort corporelle » ? Qu’elle soit devenue ma Pâque personnelle, que je franchirai allègrement lorsque sera venue pour moi « l’heure de passer de ce monde à [mon] Père » (Jn 13,1) ?
Que notre monde soit marqué de violences et d’incohérence, cela n’est que trop visible. Mais voilà que la Résurrection du Christ Jésus a introduit un autre principe : celui d’un renouvellement et d’un rajeunissement possibles. Celui d’un perpétuel printemps de l’âme rendu accessible à tout cœur humain disposé à s’ouvrir à la grâce. Car voilà bien le mystère : autant le mal tend à s’imposer par la force et à s’introduire par effraction, autant il n’en est pas de même de la Grâce de Dieu. Celle-ci s’offre, celle-ci nous sollicite, celle-ci attend et presque quémande notre réponse sans nous l’arracher de force ni nous y contraindre. « L’amour ne se paie que par l’amour », disait Saint Bernard de Clairvaux. Désormais, l’Eglise chante l’hymne pascale de la victoire du Crucifié ! Et libre à nous d’y joindre notre voix !
À la Victime pascale,
chrétiens offrez le sacrifice de louange.
L’Agneau a racheté les brebis ;
le Christ innocent a réconcilié
l’homme pécheur avec le Père.
La mort et la vie s’affrontèrent
en un duel prodigieux.
Le Maître de la vie mourut ;
vivant, il règne !“Dis-nous, Marie Madeleine,
qu’as-tu vu en chemin ?”
“J’ai vu le tombeau du Christ vivant
et la gloire du Ressuscité.
Les anges témoins,
le suaire et les vêtements.
Le Christ, mon espérance, est ressuscité !
Il précèdera les siens en Galilée.
Nous savons que le Christ
est vraiment ressuscité des morts.
Toi, Roi vainqueur, aie pitié de nous.
Ainsi soit-il, Alleluia !
Libre à nous de placer nos vies dans cette douce lumière ! Libre à nous de placer nos blessures dans les plaies glorieuses du Ressuscité ! Libre à nous de partager la joie de nos nouveaux frères et sœurs, les baptisés de la nuit de Pâques ! Libre à nous de vouloir être de vrais disciples du Christ : partout porteurs de sa vie !







